Droit d'Enfance - Mesure d'impact
Droit d’Enfance a été sélectionné pour participer à une démarche de mesure d’impact social dans le secteur de la protection de l’enfance. Ce projet visait à évaluer concrètement les effets de nos actions sur les jeunes âgés de 13 à 18 ans accueillis en hébergement. Il s’agissait d’une opportunité structurante pour renforcer nos pratiques, valoriser nos engagements et contribuer à une meilleure reconnaissance de notre travail auprès des acteurs institutionnels. L'anonymat et l'autonomie garantis dans les réponses au questionnaire jeunes, permettait d'obtenir des résultats reflétant la réalité vécue et perçue des personnes accompagnées. Ces données recueillies nous amènent à remettre en question nos pratiques professionnels et leur cadre dans un objectif de démarche d'amélioration continue de la qualité des accompagnements porté par Droit d'Enfance.
L'équipe projet est composée de deux cheffes de service (92 & 78), d'un éducateur, de la responsable qualité et développement et de la directrice DQPC (Développement, Qualité, Prospective et Communication). La collecte auprès des jeunes s'est déroulée auprès d'une cohorte de 33 jeunes répartis sur 3 départements : les Yvelines, la Seine-Saint-Denis et les Hauts-de-Seine. Les jeunes appartenaient à deux typologies de services : semi-autonomie et MECS (maisons d'enfants à caractère social). La collecte a été effectuée au moyen d'un questionnaire numérique anonyme, explicité en groupe aux jeunes concernés puis effectué en individuel dans un bureau leur mettant à disposition un ordinateur. Les jeunes avaient la possibilité d'être aidé au besoin par les chefs de service ou éducateurs. Dans la grande majorité des cas, le retour à un professionnel n'a pas été nécessaire. La collecte a été organisée sur une période allant d'octobre 2025 à janvier 2026.
- Jeunes bénéficiaires d'une mesure d'accueil : Des jeunes évoluant dans des conditions de développement physique, affectif et/ou intellectuel inadéquates, souvent victimes de mauvais traitements, en lien ou non avec un parcours migratoire, leur état de santé et/ou une situation de handicap
- Professionnels : Les éducateurs et éducatrices, cheffes et chefs de service, psychologues, coordinnatrices de parcours, maîtres et maîtresses de maison, veilleurs et veilleuses de nuit, direction, l'équipe projet
Nos actions
QUOI
Les actions retenues dans la théorie du changement visent à mesurer les effets des accompagnements en protection de l’enfance. Elles portent sur la qualité du cadre de vie proposé aux jeunes (sécurité, prise en compte des besoins, activités), leur participation en tant qu’acteurs de leur quotidien, ainsi que les actions de santé (prévention, éducation, coordination des soins). L’analyse concerne également le soutien aux apprentissages scolaires et extra-scolaires, le maintien ou le développement des liens sociaux et familiaux, la prévention et la gestion des situations de violence, ainsi que l’accompagnement vers l’autonomie (gestion du quotidien, logement, démarches administratives, mobilité et orientation).
Actions
- Offrir aux jeunes un cadre de vie sécurisant (être à l'écoute de leurs besoins, espaces de vie collectifs et privés, activités sur le temps libre, ..)
- Rendre les jeunes acteurs de leur quotidien (les impliquer dans l’aménagement des espaces, les encourager à exprimer leurs opinions, ...)
- Veiller sur la santé des jeunes (activité de prévention et d'éducation à la santé, coordination du parcours de santé, ...)
- Stimuler les apprentissages scolaires et extra-scolaires des jeunes (repérer les ressources, accompagner les apprentissages, ...)
- Soutenir la création/le maintien de liens sociaux entre les jeunes et leur famille (dans l'intérêt du jeune), des adultes et des pairs
- Contenir les situations de violence (physique, psychologique ou sexuelle) au sein du service
- Outiller les jeunes dans leur parcours vers l'autonomie (gestion de logement, gestion admin & budgétaire, déplacements, orientation professionnelle)
COMBIEN
Âge des jeunes au moment de la première mesure de placement
Âge des jeunes au moment de la première mesure de placement
Durée de l'accueil au sein du lieu d'hébergement actuel
Répartition des jeunes en situation de handicap en fonction du type de handicap
% de jeunes ayant été victimes de violence/maltraitance physique avant l'accueil
% de jeunes ayant été victimes d'agressions sexuelles avant l'accueil
% de jeunes qui s'infligeaient délibérément des blessures ou des dommages à eux-mêmes avant l'accueil
28.1%% de jeunes en difficulté scolaire avant l'accueil
Nos résultats
QUOI
Les résultats recherchés portent sur plusieurs dimensions du développement des jeunes. Ils visent d’abord le renforcement du sentiment d’inclusion et de reconnaissance (être accepté, écouté, considéré). Ils concernent aussi le développement des compétences psychosociales, telles que l’expression, la prise de décision et la capacité à faire des compromis. Une amélioration des comportements de santé est attendue, avec une meilleure connaissance des risques et un engagement dans les soins. Le résultats incluent également une adaptation des parcours scolaires, le soutien des liens familiaux et l’accès à des personnes ressources. Enfin, ils visent le renforcement du pouvoir d’agir face à la violence et sur leur projet de vie.
Résultats
- Sentiment des jeunes d'être acceptés; d'avoir leur place; d'être écoutés; d'être considérés
- Développement de la liberté d'expression; la capacité à prendre des décisions; la capacité à faire des compromis des jeunes
- Prise de conscience par les jeunes des risques sanitaires liés à certaines conduites (produits illicites, alimentation, vie sexuelle, ..)
- Engagement des jeunes dans un parcours de soin
- Adaptation du parcours scolaire aux capacités des jeunes
- Sentiment des jeunes d'être soutenus dans leur volonté ou non de maintenir les liens avec les membres de leur famille
- Accès des jeunes à une ou plusieurs personnes ressources (ex: référent éducatif, mentor, parrain, etc.)
- Sentiment des victimes de pouvoir agir face à une situation de violence
- Sentiment/volonté des jeunes de pouvoir agir sur leur projet de vie, avenir professionnel
Notre analyse
80,8 % des jeunes accueillis déclarent se sentir acceptés par les professionnels et leurs pairs au sein du lieu d'accueil. La sécurité dans le logement est également perçue positivement par une majorité (63,2 % des filles et 78,6 % des garçons au moins « plutôt en sécurité ») et 63,6% des jeunes estiment que leur vie privée est respectée. S’agissant des jeunes en situation de handicap (reconnu par les institutions), 66% se sentent écouté par les professionnels et 60% d’entre eux estiment être acceptés dans leur lieu d’accueil. Entre 63,2 % (filles) et 71,4 % (garçons) des jeunes indiquent que l'équipe éducative les a aidés à prendre conscience de leurs qualités. 69,7% des jeunes perçoivent leur positivement leur avenir Environ 73,7 % des filles (47,4 % + 26,3 %) et 57,2 % des garçons (42,9 % + 14,3 %) déclarent avoir choisi leur parcours de formation en fonction de leurs appétences. Pour les jeunes en situation de handicap, les professionnels ont largement contribués à l’adaptation de leur parcours scolaire ou de formation (100% « plutôt oui »). Les écarts entre filles et garçons reflètent les inégalités de genre sociétales et systémiques et bien que les professionnels promeuvent l'égalité femmes/hommes et luttent contre les violences sexistes et sexuelles, la vie au sein des établissements et des services n'est pas épargnée par cette problématiques. D'autant que les jeunes sont passés par des parcours de vie où leur genre a été associé à une typologie de violences, l'encrage est donc présent dès l'enfance. Les jeunes accueillis en MECS sont parmi les plus exposés aux violences et aux conduites à risque. Les données montrent que 80,8 % d'entre eux déclarent savoir comment réagir face à une situation de violence physique ou psychologique — un résultat particulièrement fort pour une population qui en a majoritairement été victime. Sur le volet santé, les jeunes affichent des taux de connaissance élevés sur les conséquences des conduites à risque : 97 % pour la consommation de drogues, 87,9 % pour les rapports sexuels tarifés, 81,8 % pour l'alcool, 75,8 % pour les rapports non protégés. Et pour une partie significative d'entre eux, c'est l'équipe éducative qui a joué un rôle direct dans cette prise de conscience : 51,5 % citent son apport sur les risques liés à la fugue, 45,5 % sur le tabac et les troubles alimentaires, 42,4 % sur les drogues. Néanmoins, les connaissances des risques comme la nutrition, l'impact des écrans restent en dessous des attentes et il faudra renforcer les actions prévention au sein des services. Ces résultats prennent un relief particulier quand on les replace dans leur contexte : les jeunes accompagnés par Droit d'Enfance — y compris les mineurs non accompagnés, dont le parcours migratoire les a souvent exposés à des violences et des ruptures extrêmes — arrivent de situations façonnées non seulement par des dynamiques familiales, mais par des facteurs qui les dépassent largement : précarité économique, inégalités sociales, politiques du logement, parcours migratoires contraints, défaillances des filets de protection. Les familles ne sont pas absentes de ces trajectoires, mais elles sont elles-mêmes souvent percutées par des forces structurelles qui fragilisent leur capacité à protéger.
COMBIEN
% de jeunes qui déclarent se sentir acceptés au sein du lieu d'accueil (par les professionnels et les pairs)
80.8%% de jeunes qui déclarent exprimer leurs idées/opinions en groupe
60.6%Contribution de l'équipe éducative à la capacité des jeunes à exprimer leurs idées/opinions en groupe
% de jeunes qui déclarent se sentir écoutés par l'équipe éducative lorsqu'ils s'expriment
18.2%% de jeunes qui estiment que leur vie privée est respectée
% de jeunes déclarant se sentir en sécurité dans le logement actuel
Contribution de l’équipe éducative au sentiment de sécurité des jeunes
% de jeunes dont le parcours [scolaire; de formation] a été adapté depuis leur accueil
% de jeunes qui déclarent avoir choisi leur parcours de formation en fonction de leurs appétences
% des jeunes qui estiment connaître les conséquences de conduites à risques
Contribution de l'équipe éducative à la capacité des jeunes à faire face à une situation de violence
Notre impact
QUOI
Les impacts attendus s'articulent autour d'une amélioration durable du bien-être et du développement des jeunes. Ils concernent d’abord un meilleur état de santé physique et mentale, lié à une prise en charge adaptée. Ils incluent aussi une meilleure estime de soi et du sentiment de compétence, ainsi qu’une confiance envers les adultes. Les impacts tendent à vérifier si les jeunes développent davantage leurs compétences relationnelles, favorisant les liens avec les pairs et limitant l’isolement. Une diminution des comportements violents est également attendue, témoignant d’une meilleure régulation émotionnelle. Enfin, ces évolutions soutiennent une perception plus positive de l’avenir et une capacité accrue à se projeter.
Impacts
- Meilleure état de santé physique et mentale des jeunes
- Meilleure estime de soi des jeunes; de leurs capacités
- Renforcement du sentiment des jeunes de pouvoir faire confiance à l'adulte
- Développement de la capacité des jeunes à nouer des liens d'amitié avec les pairs; avec l'adulte et réduire l'isolement des jeunes
- Diminution des comportements violents des jeunes
- Meilleure perception des jeunes de leur avenir
Notre analyse
1. L'accompagnement des professionnels reconstruit un sentiment de sécurité et d'appartenance chez des jeunes en grande vulnérabilité - Pour des enfants souvent issus de milieux marqués par la maltraitance, la négligence ou des ruptures familiales, ce chiffre traduit une restauration du lien social fondamental. - Pour des jeunes qui ont fréquemment connu des environnements instables ou dangereux, ce cadre stable constitue une condition de base pour tout développement ultérieur. - Le handicap constitue une vulnérabilité supplémentaire pour des jeunes grandement fragilisés par leur parcours de vie. L’accompagnement inclusif des professionnels répond aux droits, aux besoins et aux attentes des enfants en situation de multi-vulnérabilités. 2. L'accompagnement éducatif contribue à reconstruire l'estime de soi, une ressource essentielle contre l'exclusion sociale - Une faible estime de soi est un facteur de risque reconnu de décrochage scolaire, de conduites à risque et de marginalisation durable. En contribuant activement à ce que des jeunes fragilisés se perçoivent comme des sujets capables, Droit d'Enfance agit en prévention de futures situations d'exclusion — un effet dont le coût social, s'il n'était pas traité, serait considérable (recours à l'aide sociale, ruptures professionnelles, etc.). - Vision positive de l'avenir : accompagnement à l’autonomie, adaptation des parcours de formation et de professionnalisation, développement de la confiance en soi et apprentissage du vivre ensemble sont les filets de sécurité déployés par les professionnels en vue d’une insertion durable dans la société. 3. La contribution éducative favorise des orientations scolaires et professionnelles choisies, réduisant le risque de désinsertion - Pour des adolescents souvent orientés par défaut ou en rupture scolaire à leur entrée en protection de l'enfance, un parcours choisi plutôt que subi est un puissant facteur de stabilité future. Socialement, cela signifie davantage de jeunes susceptibles de s'insérer durablement dans le monde professionnel, avec moins de recours aux dispositifs d'urgence sociale à la majorité. 4. L'accompagnement renforce le pouvoir d'agir face aux violences et développe une culture de prévention en santé, deux leviers clés contre la marginalisation - Bien que les violences existent dans les lieux et modalités d'accompagnement et d'accueil, les jeunes s'accordent majoritairement à penser que les équipes éducatives leur ont permis de penser les violences, leurs conséquences mais également de s'en prémunir. En replaçant la violence comme une résultante anormale d'un système, les professionnels contribuent à endiguer la reproduction de cet engrenage, soit en tant que victime, soit en tant qu'auteur ou bien les deux. C'est dans ce contexte que l'impact de l'accompagnement est à mesurer : en développant chez ces jeunes un pouvoir d'agir sur leur sécurité et leur santé, Droit d'Enfance intervient là où plusieurs systèmes — familial, social, politique — n'ont pas suffi. Il ne s'agit pas seulement de prévention individuelle, mais d'une réponse à une vulnérabilité produite collectivement.
COMBIEN
% de jeunes déclarant avoir une vision positive de leur avenir
Contribution de l'accompagnement de l'équipe éducative à la perception positive des jeunes de leur avenir
% de jeunes déclarant se sentir bien au quotidien
63.6%Contribution de l'équipe éducative au développement de la capacité des jeunes à vivre dans un logement en autonomie
Contribution de l'accompagnement de l'équipe éducative au bien-être des jeunes
73.1%% de jeunes qui estiment avoir de nombreuses qualités
Contribution de l'équipe éducative à la prise de conscience par les jeunes de leurs nombreuses qualités
66.7%Nb d'adulte(s) auprès de qui les jeunes déclarent pouvoir se confier
Contribution du lieu d'accueil à la mise en place d'un réseau de personnes auprès de qui les jeunes peuvent se confier
Notre équipe
- Laura Kadri Rabehasy
Responsable qualité et développement
- Marina Lefrere
Cheffe de service
- Sandrine Pépit
Directrice DQPC
- Cathy Delouise
Cheffe de service














